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PREFACE.*

22 Février 2017 , Rédigé par Ibou Dramé Sylla Publié dans #TEXTES LUS

Ces lignes parlent d’un auteur et de son livre ou, si vous voulez, d’un livre et de son auteur. C’est une préface. Déjà, elle porte à aimer découvrir le livre en entier. L’avoir et le livre pourra régler beaucoup de choses chez nos compatriotes partis affiner leur science ailleurs. Partir pour partir n’a aucun sens. Partir pour mieux revenir, voilà le sens de l’aventure, du voyage. Bonne lecture !

Les étudiants étrangers font particulièrement partie des personnes les mieux placées pour livrer dans sa forme, sans doute, la plus réelle, leurs expériences sur leur condition de vie dans leur pays d’accueil. Ils sont les premiers à subir les difficultés de la vie, la rigueur ou l’incohérence de l’administration, la complexité ou le paradoxe d’un système lourd et les difficultés climatiques où la routine d’un temps froid ou chaud peut faire des dégâts.

Entre problème d’intégration et d’adaptation, manque de job étudiant et casse-tête administrative, se faufilent des résultats scolaires parfois décevants. À côté, une autre vie. De nouvelles manières de parler, de voir, de faire viennent se greffer à les leurs. Ils sont Doubles dans un monde double. Pourtant, ils sont condamnés à être autonomes et à faire face à un monde nouveau qui n’offre pas beaucoup de possibilité de réussite. Ces étudiants-là, ne sont pas des apatrides, mais, le choix de tenter leur chance ailleurs les oblige à faire avec…la différence dans ces deux sens.

Loin d’un pays d’origine où les nuages semblent être en bleus de roi, où la vie semble plus radieuse, la nostalgie d’un retour au pays natal déchaine les espoirs. La famille, les amis et les voisins manquent terriblement. Doivent-ils pour autant se résigner à la condition humaine décrite par André Malraux ? Pour le cas de certains d’entre eux comme Joseph, ils ne s’inclineraient à penser que leur calvaire et leur plaisir sont naturels. Leurs difficultés, semble-t-il, ne s’expliquent ni par un manque de volonté, ni par un manque d’intégration encore moins par un manque de motivation ou de projets clairs. La volonté et la motivation ne font pas tout, elles ont leurs limites. Par ailleurs, dans l’explication de leur quotidien, sans doute, la part du social est immense.

Dans Les fagots de souvenirs d’un étudiant sénégalais en France, Joseph CORREA vient de faire le tour d’un parcours ponctué de rêves et d’espoir. Rêves qui sont mêlés aux passions d’une vie, d’une France et de ses merveilles : sa littérature, son art, ses pavés et ses marbres dira Victor Hugo. Ce récit est une immersion dans l’univers, dans le quotidien même de l’étudiant Joseph CORREA qui raconte avec justesse, de prés et dans le détail ses souvenirs, ses peines, ses bonheurs et ses malheurs.

Il vient par la découverte du quotidien, le temps d’un voyage littéraire, les relations sociales, de donner sens à ce que l’on appelle par ignorance « étudiant étranger ». Oui ! Parce que ce vocable semble réduire l’étudiant étranger à une simple identité (un étudiant qui est étranger) sans rendre compte ni de son existence sociale ni de ses mouvements encore moins de son évolution dans le pays d’accueil et de ses rapports avec son pays d’origine. Par de-là, Joseph offre un nouveau regard sur ce que vit l’étudiant étranger. Celui qui apporte son amour à la France, celui qui admire la beauté d’une histoire, d’une Culture, d’une Littérature :

Chaque pas que je poserai sur cette Terre de Culture et de Littérature fera me remettre dans ceux de mes Ancienness Idoles, de cette première élite africaine dont leur bravoure est clamée par les Cantatrices les plus célèbres et leur épopée inscrite au dos de mes cahiers de leçon. J’étais en France... La ligne est claire.

Le visa étudiant obtenu pour se rendre dans le pays d’accueil n’est que la manifestation concrète d’un chemin d’où ils savent le point de départ mais dont ils ignorent complétement la destination. Ils savent qu’ils y vont pour faire des études mais ne savent pas s’ils y sont réellement que pour faire des études. Pourtant, le projet défendu devant l’autorité administrative laisse croire que tout est fait pour réussir un projet pédagogique bien clair :

« Je vais en… dans le but de faire des études de hautes factures … l’intérêt est de pouvoir acquérir des compétences dans ce domaine afin de les mettre en profit une fois rentrer dans mon pays ».

Le message est net, mais la réalité d’un destin social ne s’écrit pas à l’avance, même s’il semble possible de corriger celui au cours d’une vie.

* * *

Ces jeunes sont venus d’un autre univers social autre que celui d’où ils vivent. Ils sont venus avec leur projet, mais pas simplement, leur regard et leur préjugé leur placent dans une situation asymétrique. Tout leur semble être hors des gongs de leurs coutumes mais de leur raison, il est moins sûr. Leur contact avec le pays n’est pas si entorché comme il semble l’être. Lié par le social et par le sang, il y ait peu de chance que le lien soit rompu. Les obligations quotidiennes de leur famille sont le principal cordon ombilical par le bais duquel les rapports sociaux s’exercent et s’intensifient contre toute attente d’une rupture de relation sociale avec les leurs. Du transfert d’argent aux messages électroniques, par l’intermédiaire des réseaux sociaux, la distance vis-à-vis des siens ne paraît que de nom. Rien ne semble les éloigner de leur pays d’origine ni de par les habitudes alimentaires ni de par leur habillement. La pratique religieuse, pour certains, n’est que le gage de ce pacte moral et social. Joseph, chef de chœur dans sa chorale en est la preuve. Face au devoir, la seule convenance est d’agir car la satisfaction des parents et des proches est l’unique ligne de mire.

Joseph CORREA dira :

Devant l’impatience d’arriver à bout de mes parents, les souhaits des proches et les ricanements des « ennemis réels ou fictifs qu’on se crée », les larmes ne manquent pas de tomber. Mais, nous avions tronqué notre sensibilité à la réussite, au prix que cela coûte quitte à être des insensibles. Bâton à la main, le dos chargé de tous les fardeaux pour le jeune que je suis, la tête pleine de rêves et de désillusions, Strasbourg m’appelle. J’entends le bruit de sa voix qui résonne du haut de Vulcania, la pierre Volvic même a failli se fendre de peur, mais j’irai pour renaître et survivre.

Comme ce fut l’appel déjà de la France dans sa tendre enfance au cœur de l’internat des Prêtres, Joseph va devoir à nouveau Partir là où le devoir l’appelle, là où Faire ne serait que ce qui lui convient le mieux. Les Fagots de souvenirs d’un étudiants sénégalais en France décrit naturellement une histoire de vie, pas celle que l’on découvre à l’arrivée du train mais celle que l’on croise au départ, dans et à l’arrivée. S’en est une qui s’inscrit dans notre grande Histoire de vie.

Makhtar Sarr

*C’est la préface signée par Makhtar SARR. Elle porte sur Les Fagots de Souvenirs de Joseph CORREA.

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