Textes d’appui
Texte 1 :
Dans les Grandes Antilles, après la découverte de l’Amérique, pendant que les Espagnols envoyaient des commissions d’enquête pour rechercher si les indigènes possédaient ou non une âme, ces derniers s’employaient à immerger des blancs prisonniers afin de vérifier par une surveillance prolongée si leur cadavre était ou non, sujet à la putréfaction. Cette anecdote à la fois baroque et tragique illustre bien le paradoxe du relativisme culturel (que nous retrouvons ailleurs sous d’autres formes) : c’est dans la mesure même où l’on prétend établir une discrimination entre les cultures et les coutumes que l’on s’identifie le plus complétement avec celles qu’on essaye de nier. En refusant l’humanité à ceux qui apparaissent comme les plus ‘’sauvages’’ ou les plus ‘’barbares’’ de ses représentants, on ne fait que leur emprunter un de leur attitude typique. Le barbare c’est celui qui croit à la barbarie. Claude Lévi-Strauss
Texte 2 :
La relation sociale n’est pas initialement une relation avec ce qui dépasse l’individu, avec quelque chose de plus que la somme des individus et supérieure à l’individu, au sein durkheimien. La catégorie de la quantité, ni même celle de la qualité ne décrit pas l’altérité de l’autre qui n’est pas simplement d’une autre qualité que moi, mais qui porte, si l’on peut dire, l’altérité comme qualité. Encore moins le social consiste-t-il dans l’imitation du semblable. Dans ces deux conceptions la sociabilité est cherchée comme un idéal de fusion. On pense que ma relation avec l’autre tend à m’identifier à lui en m’abîmant dans la représentation collective, dans un idéal commun ou dans un geste commun. C’est la collectivité qui dit « nous », qui sent l’autre à côté de soi et non pas en face de soi. C’est aussi la collectivité qui s’établit nécessairement autour d’un troisième terme qui sert d’intermédiaire, qui fournit le commun de la communion.
Emmanuel Levinas, De l’existence à l’existant.
Texte 3 :
A vrai dire, l’Europe a envahi l’Afrique avec la présupposition que l’homme existe certes, mais de très pauvre façon à un degré inférieur. La figure de l’humain n’y est pas adéquate à son concept, ne lui fait pas honneur, ne le réfléchit pas en effectivité ! la population africaine n’est-elle pas seulement une poussière d’humanité, sans vigueur d’intelligence, d’imagination ni constance propres ? Incapable d’organisation, parce qu’il lui est impossible de dépasser l’immédiat afin d’envisager un but historique, elle ne trouve sa jouissance la plus intime qu’en s’abandonnant à la brutalité de ses instincts et de ses folies collectives ! Coloniser ne sera-t-il pas, par voie de conséquence, humaniser, ce qui veut dire ici faire exister à la place d’une figure de l’humain, jugée barbare, contingente et privée de pensée, une autre figure qui serait conforme aux exigences de l’esprit tel qu’il s’éprouve en l’intemporalité de son contenu ?
Augustin Dibi Kouadio, L’Afrique et son autre : la différence libérée.
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